
« Toute idée fausse finit dans le sang, mais il s’agit toujours du sang des autres »
Albert Camus
De ce que j’ai pu étudier jusqu’à maintenant, l’idée de Progrès semble consubstantielle à la modernité. Le mécanisme de la crise permanente et du rejet constant du passé est ce qui permet de remettre en question les principes et normes établies : phénomène très positif en science, mais plus difficile à juger sur le plan des mœurs, qui touche à la morale, donc à la subjectivité. Je remarque cependant que l’idée que l’Occident est l’avant-garde en matière de développement social à la dent dure, mais me semble contredite par les faits.
Les rêveurs et les utopistes qui veulent voir advenir un « monde meilleur » continuent d’être perçus comme des gens généreux et bienveillant, voulant le bien du plus grand nombre, pourtant je ne peux m’empêcher de remarquer que leur position est résolument « négative ». Ils veulent un monde « sans » : sans pauvreté, sans famines, sans maladies, sans pollution, voir sans racisme, sans fascisme, sans patriarcat, sans capitalisme, &c.
Attractives aux yeux de jeunes noyés dans des convictions qui leur ont été inculquées depuis la maternelle, ces idées sont étrangères à la réalité, mais parfaitement raccord avec le processus de pensée des « purificateurs » : les enseignement de la Terreur républicaine ont été oubliés, et les leçons du stalinisme n’ont jamais été tirées. Amnésie pour la terreur révolutionnaire et stalinienne ; hypermnésie pour les crimes du nazisme et de la colonisation française.
L’échec de ces utopies révolutionnaires n’a pas fait disparaitre les illuminés et les démagogues, qui sautent d’une utopie à une autre comme les divorcés s’embarquant dans un second mariage : « le triomphe de l’espoir sur l’expérience », disait Samuel Johnson.
Incapables d’accepter que le Mal est en chacun de nous, ces progressistes et autres révolutionnaires sont convaincues d’être des âmes pures, et qu’il est de leur devoir de mettre à mort l’ « ennemi », c’est-à-dire tous ceux qui s’opposent à leurs convictions. C’est ainsi que dans la culture occidentale de racine chrétienne, Satan a fini par prendre le visage du « fasciste », du « raciste », du « capitaliste ».
En outre, nous sommes face à des militant profondément impolitique, car leur combat s’inscrit dans l’imaginaire, contre des menaces qui n’existent pas et qui les détournent des vrais problèmes. Idiots utiles qui se comportes comme des irresponsables.
Comme le décrivait parfaitement Vladimir Jankélévitch en 1969 : « Aujourd’hui, tout le monde prétend être persécuté, comme tout le monde est occupé à singer les maquis, la Résistance, la clandestinité ». Bêtise de ceux que Blaise Pascal appelait les « demi-habiles » : ils troublent le monde car leur intelligence partielle les rend capable de débuter un raisonnement qui parait logique au premier abord, mais dont ils sont incapables de percevoir les limites du fait de leurs lacunes cognitives. Ils ne peuvent pas atteindre la sagesse, la « pensée de derrière » qui permet aux « habiles » de comprendre la nécessité social des institutions, normes et croyances en place. C’est ainsi que la bêtise sophistiqué et prétentieuse des demi-habiles se diffuse dans les champs politiques, culturels et médiatiques.
Finalement, ces irresponsables n’ont que faire de l’ordre social qu’ils cherchent à renverser tant qu’ils peuvent jouir de leur sentiment de supériorité intellectuel et moral. Ils se sentent ainsi parfaitement à l’aise pour accuser sans preuve, diffamer et censurer, toujours au nom de la « bonne cause ».