Qu’est-ce que l’Humanité ?

« Voyez celui qui va en Enfer et en revient quand il lui plaît,  

et qui rapporte ici des nouvelles de ceux qui sont là-bas. » 

Giovanni Boccaccio, dit Boccace


          On l’a souvent dit après Martin Heidegger, l’être humain, c’est « l’animal plus… », mais ce « plus » peut être entendu comme un « moins » : sauvagerie, méchanceté, perversion, égoïsme, &c.

 L’Humanisme est ainsi fondé sur un rejet conscient de nos pulsions animales, ce qui implique avant tout de comprendre (cum prendere : « prendre avec soi ») cette part d’animalité qui nous constitue pour la dépasser. Se pose alors la question de la dignité humaine impliquant que chaque personne est « une fin en soi », car l’être humain n’est pas une chose, un objet qui peut être traité comme un moyen. Mais qu’est-ce qu’une personne ? 

Deux vision s’oppose : l’une hyper-inclusive, l’autre hyperrestrictive. La première, postchrétienne, exclue les concept de Conscience, Raison et Liberté pour inclure et appeler à respecter les embryons, les nouveau-nés, les handicapés mentaux lourds et les individus en état végétatif. La deuxième, aristocratique, tend à exclure de la catégorie « humain » ceux qui sont dénués de certaines capacité comme la conscience de soi, la liberté de choix et d’action, le raisonnement hypothético-déductif (environ 80 points de QI), censées être acquises par l’instruction, instrument nécessaire à toute humanisation. Mais cette humanisation ne pouvant être parfaitement égale, le risque est donc de créer des catégories d’êtres humains « inférieurs » formant une « sous-humanité ». Selon cette vision aristocratique de la dignité humaine, cette dernière n’étant pas également répartie chez tous les êtres humain, ils ne sont pas tous digne d’un égal respect. 


Être humaniste signifie-t-il donc simplement de ne pas se montrer égoïste et de suivre des commandements altruistes, d’inspiration chrétienne ou non, enjoignant de respecter et aimer également tous les êtres humains ? Et si cela est le cas, jusqu’où faut-il aller dans l’altruisme et l’ouverture aux autres ? 

En dehors de l’Eglise, l’Evangile est un poison. Selon nous, derrière ce qui n’est en réalité pas humanisme, mais « humanitarisme », se cache un sentiment de mépris pour ce qu’est fondamentalement l’être humain. 

Ces deux visions, postchrétienne et aristocratique, de l’humanité se rejoignent dans la détestation de ce qui fait le propre d’une personne. 

La première pèche par un relativisme plat reniant à l’être humain des prédicats fondamentaux depuis les débuts de l’humanité : conscience, raison et liberté. La seconde tombe dans le sillage de l’eugénisme, un constructivisme prométhéen appelant à créer, grâce aux biotechnologies, une nouvelle humanité « augmentée », d’où le terme « transhumanisme ». Toutes deux sont dans la même continuité : dénier à l’humanité quelque chose qui lui est serait propre (société, langage, conscience, usage d’outils, raison, libre-arbitre) et abolir la limite, la peras, entre nature et culture, l’une niant la nature, l’autre niant la culture. 

Pourtant, l’être humain n’est-il pas, au moins, cette pauvre créature capable de s’interroger sur ce qu’il est ? Faisant de lui un animal métaphysique se posant des question comme « qui sommes-nous ? », « qu’est-ce que l’Homme ? », « où allons-nous ? », &c. 

Oui l’être humain a bien quelque chose de spécial, et c’est là tout le problème…