27 Apr
27Apr

« Il faut retrancher ce qui est pourri » 

Michel d’Anchialos


          La chute de Rome a plongée l’occident dans des ténèbres culturels qu’il faudra trois siècle, et la renaissance carolingienne, pour partiellement résorber. Mais le fait est qu’au moment de sa chute au début du Ve siècle, Rome n’était déjà plus que l’ombre de ce qu’elle fut jadis et l’essentiel du pouvoir politique, économique et culturel avait migré à Constantinople, la seconde Rome ou Rome orientale. 


Nova Roma 

          D’abord une colonie grecque mégarienne du nom de Byzance, Constantinople pris son nom de Constantin Ier qui en fait sa capital en 324, puis l’officialise sous le nom de « nouvelle Rome » en 330. Constantinople devient alors la capitale de l’empire romain d’Orient pendant plus de mile ans de 330 à 1453 et la prise de la ville par les troupes musulmanes de Mehmet II, qui fait de LA Ville — comme la nommait les grecs : eis tên polin, qui donnera Istanbul — la capitale de l’empire ottoman. 

Fervent chrétien, Constantin fait également de sa ville le centre du développement du christianisme, dont les représentants créeront leur propre branche, l’ « orthodoxie » ou « foi correct », en rupture avec l’Eglise catholique de Rome. Le christianisme orthodoxe est donc un héritier direct du christianisme de l’Empire romain d’Orient dont la spiritualité, largement inspirée des doctrines néo-platoniciennes, est orienté vers la mystique et la divinisation : les présages, les songes et les transes médiumniques y resteront très longtemps populaire. En plein XIe siècle, par exemple, la voyante Dosithée, protégée par le patriarche Michel Cérulaire — le plus haut représentant de l’orthodoxie byzantine —, fait « parler » la Trinité, la Vierge et les prophètes au cours de séance de spiritisme religieux. Equivalent impensable au sein de l’Eglise latine. 

Malgré ce qui nous semble aujourd’hui n’être que des bizarreries, Byzance fut le lieu de préservation de la pensée Antique disparu en occident, qui connait alors une éclipse culturelle. La philosophie a par exemple largement disparue de l’espace européen, alors que Byzance a eu pendant plusieurs siècles des chaires d’enseignement philosophique. Très intéressant également est le fait que la tradition philosophique byzantine s’est concentrée sur l’opposition entre Platon et Aristote tandis que les occidentaux, du fait d’une absence quasiment total de source de l’œuvre de Platon — seulement quelques extraits du Timée —, ont pratiqué un « concordisme » entre les deux penseurs grecs. Ce n’est que lorsque Byzance tombera face aux armées de Mehmet II, et que les aristocrates et penseurs byzantins fuyant l’orient reviendront à Rome, que l’occident redécouvrit l’œuvre de Platon et d’Aristote. 


La pensée byzantine 

          Friant de mystique néo-platonicienne et de philosophie politique platonico-aristotélicienne, les byzantins avaient une vision très claire sur l’utilité de la philosophie pour former les « intellectuels organiques » de l’empire. Célèbre au VIIIe et IXe siècles, l’université de Magnaure avait par exemple pour principale fonction de former des fonctionnaires à travers une formation philosophique visant à faire d’eux de bons administrateurs. A telle point que les historiens parlent de la domination des écoles de philosophie sur la Byzance du XIe siècle comme d’un « gouvernement des philosophes » (P. Lemerle). 

Cela produisit une large émulation intellectuelle au sein des élites de la région, qui culmina jusqu’à la « révolution » intellectuelle de Jean Italos, très grand commentateur d’Aristote et de son Ethique à Nicomaque, qui appela à une révision de la doctrine platonicienne à l’aide d’Aristote. Jean Italos sera condamné par les autorités, mais il amorça une phase de crise philosophique où toute une génération de penseurs s’évertuèrent à corriger Platon avec Aristote, tout en cherchant à respecter les exigences de la foi orthodoxe. 

Mais comme le soleil amorce sa descente après avoir été au zénith, l’enseignement philosophique semble comme s’évanouir après l’épisode de Jean Italos. La première moitié du XIIIe siècle à Byzance est comme morte, tandis que l’occident latin commence à se doter d’institutions universitaires digne de ce nom et que les débats d’idées y (re)prennent leur essor.

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