10 Aug
10Aug

« Être bon à l’égard des bons et bon aussi envers ceux qui ne le sont pas, c’est posséder la bonté même ». 

Lao-Tseu

« C’est folie que de vouloir trancher les liens qui nous unissent au monde, car il nous appartient et nous lui appartenons à tout instant ».

Chuansan

     Lao-Tseu et Confucius ont profondément et durablement marqués la pensée chinoise. Leurs écoles ont traversé les siècles et n’ont cessé de se renouveler. Encore aujourd’hui elles connaissent une renaissance suite à l’effondrement de l’idéologie communiste et la quête de « sens » qui ne taraude pas que les Occidentaux, mais aussi la jeunesse chinoise. 


Lao-Tseu et la voie du Tao 

          La fin du Ve siècle avant J.C. voit le déclin de la dynastie des Zhou et le début de ce que les chinois nomment l’ère des Royaumes combattants. Cette période est marquée par des guerres incessantes entre les états de Chu, Han, Qi, Wei, Yan et Zhao. Couvertes de guerres, cette époque est également marquée par de nombreuses avancées intellectuelles, économiques et politiques. Ce qui influence les chinois dans le sens que, à la manière du yin et du yang, crise et opportunités ne sont pas antinomiques mais se complètent l’un l’autre, comme le signifie l’idéogramme « Wei-Ji » : « Wei » = « danger » et « Ji » = opportunité. L’un ne vient pas après l’autre, mais l’un contient l’autre. 

C’est dans ce contexte qui né, vit et meurt Lao-Tseu puis, quelques décennies plus tard, Confucius. Choisissant le renoncement dans ce qui semble à première vu une Chine en déclin, Lao-Tseu part cers l’ouest et rencontre le gardien d’un court d’eau lui demandant d’écrire ses enseignement : Le Tao-tö king (Le livre de la Voie et de la Vertu). Ce que Lao-Tseu appelle la Voie est une vie au plus près de la nature et se déroulant dans le silence, sans rien réclamer : passivité, apaisement et non-action sont les maitres mots de sa doctrine. Certainement héritier des mouvements zen et du yoga hindou qu’il aurait découvert au cours de son voyage, il exalte le vide et le présente comme désirable, alors que l’excès d’action est présenté comme indésirable. 


Confucius et la politique 

          Rejetant à la fois la divinité et l’appel à la non-action de Lao-Tseu, Confucius se jette corps et âme dans l’action politique tout en déplorant le manque de sagesse des dirigeants de son époque. Dans sa quête de solution aux problèmes politiques de son temps, Confucius en arrive à la conclusion que le sage se doit d’être « sans idée », sans a priori, c’est-à-dire sans idées préconçues. Tout idée avancée étant un parti pris sur la réalité, le sage doit faire un pas de retrait par rapport à ses idées pour atteindre à une compréhension plus haute de la réalité. Là est l’une des problématiques centrale de la philosophie chinoise : l’équilibre (yin/yang) entre la Connaissance et l’Action, car agir nécessite de se faire une idée sur ce qui est, mais la connaissance en passe par un moment de retrait par rapport au flux constant des évènements. 

Plus de 2000 ans après cette période de guerres sanglantes, la dynastie Ming s’effondra (en 1644) et plongea la Chine dans une nouvelle période d’incertitude. La période des Ming fut marquée par d’importants développements économiques, mais l’ouverture du pays au commerce international (Portugal, Espagne, Hollande, Colombie, Japon) provoqua un chamboulement de l’ordre social avec la prise de pouvoir économique des commerçant urbains de la côte Est sur les traditionnelles familles agraires de l’intérieur du pays. Combinés à une petite aire glaciaire qui infligea famines et épidémies au pays, ces troubles politiques furent l’occasion pour les mandchous, peuple asiatique dont le territoire s’étendait du nord-est de la Chine actuelle à l’Est de la Russie, de renverser la dynastie Ming pour prendre le pouvoir et imposer la nouvelle dynastie Qing. 

C’est dans ce contexte qu’évolue Wang Fuzhi (1619-1692), qui s’oppose à l’invasion mandchoue et se voit forcé à l’exil alors qu’il dirigeait un groupe d’intellectuels et de militants politiques réformateurs tentant de corriger les travers de la société chinoise Ming. Il se réfugie au pied de la montagne Chuansan, qui devient son pseudonyme. Hostile au bouddhisme, car selon lui tentation de l’immobilisme et chemin vers la passivité stérile : « Qui imagine un absolu, perd le sens véritable du monde »

Grand réaliste, il se mets dans les pas de Confucius et prêche pour une philosophie naturaliste impliquant une forte morale de l’action. Pour lui, tout comme pour Confucius dont il s’inspire, connaissance et action sont entrelacées : l’acquisition de la connaissance est lente et difficile, nul illumination à l’horizon : le savoir est le produit du labeur. En outre, Chuansan rejetait l’existence du destin, et se référait aux lois naturelles qui gouvernent les êtres humains et la société dès lors qu’il s’agissait de décrire la politique et l’histoire. Il rejetait ainsi l’idée d’imiter un passé idéalisé pour lui préférer l’action dans le présent avec les éléments du réel tels qu’ils se présentent et s’imposent à nos sens.

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