15 Mar
15Mar

« Je suis la résurrection et la vie.  

Celui qui croit en moi vivra,  

même s’il meurt ; et quiconque vit,  

et croit en moi, ne mourra pas. » 

Jésus Christ (Jean XI)

     Toute la conception chrétienne est une négation de la mort à condition d’avoir la foi. La vie terrestre n’est pas la « vraie » vie qui n’est vraiment la Vie qu’auprès de Dieu, qui n’est pas de ce monde. Dans la Cité de Dieu, saint Augustin développe ce grand Mystère de la foi : la mort se trouve être une étape nécessaire pour accéder à la vie en Dieu. Mais, après la mort terrestre, l’âme peut également connaitre la « seconde mort » si l’âme incarnée a désobéi à la loi divine et se voit châtier par Dieu. Comment l’âme peut-elle éviter de tomber dans l’erreur ? C’est ce que saint Augustin cherche à révéler par ses écrits de philosophie chrétienne. 


Discerner la Présence 

     Dans un précédent article nous avons pu introduire les conceptions de base de la philosophie de saint Augustin (https://www.lacademiedephilosophie.com/commentaires/saint-augustin-et-la-philosophie-de-la-religion), et voir que l’âme est la nature profonde de l’être humain : elle possède l’intelligence d’elle-même, la réflexion, c’est-à-dire la capacité de se penser elle-même et de dire : « Je suis, j’existe ». Mais comment l’âme peut-elle ignorer ce qu’est Dieu et se perdre dans l’erreur alors qu’elle est d’essence divine ? Comment peut-elle échouer à se connaitre elle-même alors qu’elle est l’émanation de Dieu ? 

Saint Augustin déclare dans La Trinité que cet apparent paradoxe n’en est en réalité pas un puisque se poser ce type de problème revient à considérer que l’âme est un objet corporel soumis aux mêmes lois que les corps physiques. De cette première erreur dérivent toutes les fausses conceptions matérialistes de l’âme. L’être humain étant un être incarné, donc limité, il n’est pas capable de se représenter quoi que ce soit d’immatériel puisque nous sommes constamment plongés dans la matérialité de l’existence physique. Dire que l’âme n’existe pas parce que nous ne pouvons la voir est faux, car si l’âme doit se connaitre ce n’est pas comme nous connaissons les choses physiques qui nous apparaissent immédiatement aux sens, mais comme quelque chose qui est un constamment là-présent

C’est dans la présence à soi que se révèle l’âme. Être présent à soi-même c’est distinguer le contingent (ce qui passe et ne revient pas), de l’immanent, de l’essentiel (ce qui perdure malgré le changement), et faire que l’âme soit tout entière tournée vers elle-même : ni sujet ni objet. La vision de l’âme appartient à sa nature, il s’agit d’une vision divine qui n’a rien à voir avec le fait de voir à l’aide des yeux ; il s’agit de voir avec son être tout entier, car Dieu est l’Etre tout entier. L’âme ne se tourne pas vers elle-même de façon spatial, mais « par une conversion spirituelle », nous dit encore saint Augustin. 


L’œuvre de la grâce 

          C’est par la grâce, ou ce que nous pouvons aussi nommer la « foi », que l’âme effectue cette conversion spirituelle la rendant présente à elle-même. La grâce est un don de Dieu offrant à l’âme la libération du joug de la matière et de la chair. Faite pour gouverner le corps, l’âme a perdu sa souveraineté à la suite du péché originel qui a inversé la hiérarchie. La grâce est ce cadeau de Dieu remettant les choses en ordre. 

La foi est participation au divin, « miracle » intérieur bien supérieur aux miracles physiques, car les miracles sensibles frappent les sens alors que la foi frappe l’âme. La résurrection de Lazard par le Christ est spectaculaire, mais le vrai miracle réside dans la conversion du cœur de sa sœur Marthe. Lazard vit à nouveau, mais une vie physique ; Marthe, elle, vivra pour l’éternité en Dieu. La vie terrestre n’est pas la vraie vie. 


La consolation de la mort 

          La vie terrestre n’est pourtant pas à renier absolument, il s’agit d’un don de Dieu, mais elle a son principe dans l’âme. Cause biologique de la vie et du corps, l’âme n’est pas uniquement spirituelle. Cependant, la séparation de l’âme du corps est cette « première mort » qui n’en est pas vraiment une, car Dieu n’a pas créé la mort. Dieu ne destinait pas l’être humain à la mort, c’est le péché qui l’a rendu mortel : « par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort […] transmise à tous les hommes », nous dit saint Paul dans son Epitre aux Romains (V, 12). Cette première mort n’est que mort du corps qui retourne à la poussière, l’âme survit et soit gagne le salut auprès de Dieu, soit est punie par Dieu et condamnée à la damnation. 

La seul mort que nous devons vraiment craindre est donc d’être séparé de Dieu : la « seconde mort », la plus terrible. L’Enfer où règne le diable est le lieu de l’absence de Dieu, du non-être, un non-lieu sans Amour où il n’y a ni Bien, ni Joie, ni Espoir. Alors hâtons nous de gagner notre salut, nous exhorte saint Augustin, car même si la vie terrestre n’est pas la vraie vie, pas un instant ne doit être perdu. « Il est plus tard que tu ne crois ».

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