21 Dec
21Dec

« Lorsque la liberté fut perdue, la pensée replia ses ailes. »

Charles Werner

          Après le puissant effort de l’esprit fournit par Platon et Aristote, la philosophie grecque connue une forme de plateau, voir de déclin, dans sa progression. Les conditions politiques de la Grèce n’y sont certainement pas pour rien : alors que la théorie de l’Idée de Platon est fille de la Liberté acquise par les grecques de longues lutte contre les perses, la Grèce est sortie affaiblie de la guerre du Péloponnèse, et se trouva sous la coupe du pouvoir de Philippe de Macédoine, puis de son fils Alexandre, avant de devenir une province romaine. 


Du monde intelligible au monde sensible 

          Cette perte d’autonomie et de liberté influença profondément la pensée grecque en bornant ses regards au monde sensible. Ce qui importe n’est plus de développer des théories spéculative sur l’origine intelligible du monde et de contempler un idéal transcendant, mais de proposer un bien accessible à tous et qui entre dans la catégorie de la nature corporelle, et non plus de la Nature idéale : un bien corporel et non plus un Bien transcendant. 

Déjà du vivant de Platon des élèves de Socrate comme Antisthène et Aristippe rejetaient la théorie de l’Idée et faisaient du bien quelque chose de simple d’accès par l’ « effort » pour l’un et le « plaisir » pour l’autre. Ce n’est que lorsqu’Aristote proposa un système complet justifiant l’idéalisme en englobant le réel tout entier que les détracteurs de l’idéalisme réagir en proposant des doctrines complètes. Ces grandes doctrines sont avant tout d’ordre morales, mais reviennent aux principes physique des présocratiques : Epicure s’inspire de Démocrite, et les stoïciens de Héraclite. 

Diogène Laërce nous dit qu’Epicure distinguait trois parties à la philosophie : la logique, qui traite des moyens de parvenir à la vérité, la physique, qui traite de la nature, et la morale, qui traite du but de la vie des êtres humains. En outre, Epicure place la sensation à la base de sa doctrine : nous ne pouvons en aucun cas nier que nous sommes des êtres sensibles ni que la sensation existe : la sensation ne peut pas non plus être rejetée par la raison, car toutes les idées de notre raison viennent de la sensation. La sensation est donc, selon Epicure, la base inébranlable de notre connaissance. 

Les idées viennent donc de notre sensation en ce qu’elles sont des souvenirs de ce qui a été perçu plusieurs fois : une sensation, en se répétant, se fixe dans la mémoire et laisse une empreinte dans notre esprit. Empreinte qui est l’idée générale synthétisée à partir de la répétition des sensations. C’est, par exemple, la perception répétée d’individus humains qui nous donne l’idée d’Homme. 

Epicure en conclut donc que tout ce que nous pensons provient du monde sensible. Reste cependant à poser la question de l’origine de ce monde sensible. Ici, Epicure admet que s’il est vrai que tout ce qui existe, étant corporel, relève de la perception sensible, le fond de l’univers et le principe d’existence des choses reste invisible : ce sont les atomes. 


L’essence sensible et invisible du monde 

          La physique d’Epicure repose sur l’idée que rien ne vient du néant et l’univers est constitué par les corps, que sont les atomes, et l’espace vide au sein duquel ces mêmes atomes se meuvent, s’assemble et se séparent. La certitude de l’existence des corps nous vient de la sensation, et celle de l’espace vide du fait que, s’il n’existait pas, les corps n’auraient rien ou résider et ne pourraient se mouvoir or, il est évident qu’ils se déplacent. Les corps et le vide sont donc les seules substances réelles. Dieu ou les dieux n’ont donc rien à voir avec la formation du monde, qui a tout à voir avec la réunion et la séparation des atomes dans le grands tourbillon de l’univers. 

Les corps sont composés d’atomes, qui existent et sont en mouvement depuis toute éternité dans le vide qui lui-même n’a ni commencement ni fin, car le temps, par lequel nous mesurons l’écoulement des choses, n’existe pas en soi : c’est une sensation produite en nous par le mouvement des corps. C’est parce que nous observons le déplacement des corps d’un point A à un point B que nous en déduisons l’idée générale de temps. 

En outre, ce que nous appelons l’esprit, ou l’âme, est aussi un corps. Un corps subtil composé des atomes les plus lisse et les plus ronds, semblable à un souffle mêlé de chaleur, dont Epicure nous dit qu’elle est le principe de la sensibilité. Ainsi la physique d’Epicure explique ce qu’avait précédemment affirmée sa logique. L’erreur ne vient pas de nos sensations qui nous trompes, mais de l’opinions que nous nous faisons sur les choses. C’est lorsque notre opinion est en désaccord avec la sensation que provient l’erreur, mais la sensation, en elle-même, est toujours vraie.

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