04 Jan
04Jan

« Il n’y a point de vent favorable à celui qui ne sait où il va »

Sénèque

       

       En proie aux guerres de voisinage, les cités grecque du IIIe siècle avant J. C. s’épuisèrent dans de vaines querelles et se virent placer sous le joug de Philippe de Macédoine, puis de son fils Alexandre. Cette perte de liberté politique eut pour effet d’étendre la flamme de la pensée grecque dont les sommet furent atteints par Platon et Aristote. Ce qui vient après ces deux grands maitres est une pensée de l’intériorité, adaptée à des citoyens ayant perdue leur liberté extérieure. La pensée grecque se projette alors vers un idéal d’universalité vécu par procuration à travers les conquêtes d’Alexandre le Grand. 


La raison universelle 

          Héritiers d’Héraclite, les stoïciens considèrent le Feu comme étant l’élément primordial à l’origine de l’univers et par lequel ce dernier disparait dans une gigantesque conflagration, avant de recommencer, comme une respiration. A ce feu, rien ne subsiste, hormis l’âme de l’être humain qui survit à la destruction du corps, car elle a partie liée avec le Feu primordial, elle en est une étincelle. Comme l’univers est parfait, il ne saurait être divisé, il est donc Un. Ce Un, ou raison universelle, c’est Dieu, principe de toutes choses. Pour les stoïciens Dieu est le créateur du monde en même temps qu’il en est la réalité substantiel. 

Il faut ici rendre à Zénon, premier maitre de sagesse ayant initié le mouvement stoïcien, la paternité du concept d’infini. Par son fameux paradoxe d’Achille et la tortue, Zénon faisait faire à ses disciple une expérience de pensée : si Achille aux pieds légers fait la course avec une tortue après avoir lui avoir laissée de l’avance, une fois qu’il sera parvenu là où était la tortue au moment de son départ (d’Achille), la tortue aura continuée d’avancer. Il lui faudra donc combler la distance, mais la tortue aura encore avancée, et ainsi de suite à l’infini. 

Dit autrement, si la tortue à 10 mètres d’avance, lorsqu’Achille aura parcouru les 10 mètres, la tortue aura avancée de 1 mètre. Après avoir parcourue le mètre suivant, la tortue aura avancée à nouveau de 10 centimètres, et rebelote. Evidemment, dans la réalité, Achille se contenterait de dépasser la tortue sans autre forme de difficulté. Cette expérience de pensée qui n’a rien de réaliste n’avait pour but que de donner matière à réfléchir à ses auditeurs sur l’idée de ce qu’est l’infini. Cette infinie n’est pas connaissable par l’être humain, car il ne peut avoir la connaissance parfaite de toutes les causes dont seul Dieu est capable. La raison universelle est donc la loi par laquelle toutes les choses sont liées les unes aux autres. Cette loi ne peut jamais être transgressait, et les stoïciens l’appelle le Destin, ou la Fatalité. La liberté humaine est donc mise en danger par cette théorie. Chrysippe, celui qui fit le mieux rayonner le stoïcisme dans le monde grec, montre que l’être humain étant parfaitement ignorant des causes qui le détermine, il ne peut jamais se libérer du Destin : ainsi, nous sommes malades, nous pourrions nous dire qu’il ne sert à rien d’appeler le médecin, car si le destin veut que nous guérissions, alors nous guérirons. Chrysippe nomme cela la « raison paresseuse », car si le Destin veut que nous appelions le médecin alors nous l’appellerons: dans tous les cas, le Destin reste le seul maitre de nos actions et de nos choix. 

En outre, ce qui possède la raison, nous dit Zénon, est meilleur que ce qui ne la possède pas. Or, il n’y a rien de meilleur que le monde, donc le monde possède la raison. Si cela n’était pas le cas, alors le monde ne pourrait pas produire d’êtres animés et doué de raison, car de même qu’en voyant une belle statue nous nous disons qu’elle a été sculptée par un artiste, de même lorsque nous voyons la beauté du monde nous ne pouvons douter qu’il soit l’œuvre de la raison, de Dieu. Le monde est comme une grande cité bâtie pour les hommes et les êtres animés : c’est ce que les stoïciens appellent la cosmopolis : la « cité-monde », la « cité universelle ». 


Une morale conforme à la nature 

          Les êtres humains ayant une âme, elle-même fragment du Feu primordial, qui est Dieu ou la raison universelle, ils sont également doués de raison : là est leur nature. Ainsi lorsque Zénon en appelle les hommes à vivre conformément à la nature, il s’agit d’une invitation à vivre en accords avec la « droite raison », c’est-à-dire la raison parfaite en harmonie avec l’univers. En tant qu’ils possèdent tous la raison, les êtres humains sont tous frères et font tous partie de la cité-monde. Nous retrouvons là une idée typique du temps des grandes conquêtes d’Alexandre et sa volonté de constituer un vaste empire cosmopolite, auquel tous se sentiraient appartenir quel que soit leur condition sociale ou leur nationalité. 

Se pose cependant la question du mal, à laquelle les stoïciens répondent en affirmant que le mal existe bel et bien, mais que s’il fait partie du monde, c’est qu’il sert ce dernier. Avant Leibniz, les stoïciens disent que le mal est nécessaire au bon fonctionnement de l’univers, qu’il sert un dessein plus grand que nous ne saurions comprendre. Il est alors du devoir de chaque être humains de vivre selon la droite raison pour s’écarter du mal et se rapprocher de Dieu. Sénèque nous dit même que le sage devient plus grand que Dieu, car Dieu, de part sa nature, est en dehors du mal, alors que le sage vie à côté du mal mais choisi de le rejeter. 

La grande innovation morale du stoïcisme est d’avoir rendu accessible la morale à tous. Platon fit de la contemplation du Bien le principe centrale de sa morale, mais cette contemplation devait passer par l’étude de l’harmonie des astres via les mathématiques. Morale éminemment élitiste et réservée à une élite d’intellectuel. De même les sectes orphiques et pythagoricienne réservait la connaissance des choses de la morale à une minorité d’initiés. Le bien et la vie vertueuse restaient donc l’apanage d’une de quelque privilégié riches et instruits. Ce sont les stoïciens qui ont ouvert la morale et la connaissance du bien et du mal au plus grand nombre : tous les hommes sont citoyens du monde, et en ce qu’il est lui aussi doué de raison, l’esclave est l’égale du puissant. Il peut même être plus sage que lui.

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