22 Feb
22Feb

« L’erreur ne se trouve pas dans les sensations, mais dans l’opinion que nous ajoutons à la sensation. » 

Epicure

          En opposition à la théorie idéaliste de la connaissance développée par Platon, selon laquelle les choses matérielles sont connues par l’âme, Epicure développa l’idée que ce sont au contraire les objets eux-mêmes qui émettent de fines particules parvenant à nos sens. La perception devient donc un phénomène physique, non métaphysique. Développons sur la théorie épicurienne de la perception : 


La sumpatheia 

          Pour Epicure, les choses matérielles émettent en permanence de microscopiques particules, des corpuscules, qu’il nomme « simulacres ». Ces simulacres transportent dans l’air la forme des objets dont ils proviennent et viennent frapper les sens de ceux qui les perçoivent. La connaissance du monde se fait donc par « co-affection », par sumpatheia. Ce concept traduit la relation qui existe entre les corps émetteurs perçus et notre corps récepteur percevant, liaison qui repose sur la médiation des simulacres circulant dans l’air. 

L’idée derrière cette manière de sentir que décrit Epicure est que nous ne percevons jamais les corps émetteurs eux-mêmes, mais toujours les corpuscules qui s’en dégage. Ces corpuscules viennent frapper nos sens et c’est dans notre esprit que se forme l’image des objets émetteurs. Selon Epicure, nous ne percevons jamais la réalité de façon directe, mais toujours de façon médiée : ce que nous pensons être la réalité est en vérité un simulacre de réalité avec laquelle notre corps est en connexion permanente. 


L’âme cause de la sensation             

          L’âme est fondamentale dans la théorie épicurienne de la connaissance. L’âme et le corps sont nécessaires l’un à l’autre, car l’âme ne peut, selon le mot d’Epicure, être « la cause prépondérante de la sensation » que parce que le corps lui sert de protection. Les simulacres qui entrent en contacte avec le corps provoquent la sensation dans l’âme, mais c’est seulement parce que le corps existe que l’âme peut sentir. Epicure n’imagine pas l’âme en dehors du corps, il s’agit selon lui d’une aberration logique, car l’âme et le corps sont intimement lié, l’un ayant besoin de l’autre pour avoir pleinement part à la vie. 

Le corps est à se représenter comme une sorte de filtre servant à trier les simulacres pour les rendre plus facilement compréhensible par les facultés sensorielles de l’âme. Le corps protège, canalise et atténue la force des affections. La vision et les autres sensations ne sont donc pas une illumination de l’âme qui éclaire le monde physique — comme le pensait Platon—, mais une influence physique du second sur la première. 

Ainsi, l’erreur ne vient pas de la sensation, mais du jugement porté après coup sur cette sensation, tout comme dans l’Autoportrait au miroir convexe du peintre de la Renaissance Parmigianino. Ici le peintre se regarde et peint son propre portrait en étant fidèle à l’image déformée que lui renvoie un miroir convexe : il ne peint pas « son visage réel », mais l’image telle qu’elle lui parvient. Là où Epicure dit : « nous ne percevons pas la chose, mais son simulacre » ; Parmigianino nous dit : « nous ne voyons pas l’artiste, mais son image réfléchie ». Dans les deux cas le récepteur de la sensation perçoit une image issus d’un support matériel par le biais d’une transmission physique. 

En outre, même si les simulacres paraissent faux à notre jugement (main agrandie, espace rétrécie, proportions difformes), ils sont toujours fidèles au support physique qui les émet : l’erreur vient de l’interprétation. Là où Platon pose comme principe que la perception est fondamentalement trompeuse, Epicure est très critique : nous n’avons jamais accès aux choses en soi, nous n’avons accès qu’aux simulacres, qui sont bien réels, matériels et la perception est fondamentalement fiable.

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